« Au rucher » 2019-01

Par Michel Smet

En ce début d’année, le calme le plus plat doit régner dans les ruchers. Si le travail de mise en hivernage des colonies a bien été fait, nous ne devons pas craindre de famine. Si un doute subsiste malgré tout, un paquet de candi sera placé au plus près de la grappe hivernante ou sur le trou de nourrissement se trouvant dans le couvre-cadres.

Question varroase, là c’est un autre problème. En effet, nous savons que certaines colonies bien traitées depuis juillet subissent une « réinfestation » tardive et passent l’hiver, si on ne fait rien, avec un nombre non acceptable d’acariens. Il est donc de notre devoir de veiller au grain et contrôler, durant la période froide, qu’un traitement à l’acide oxalique sera administré ou pas. Pour ce faire, je place les tiroirs de fonds de ruches propres et 5 jours plus tard, je les contrôle: si 1 ou 2 varroas sont présents, pas de traitement. Si plus de 2 ou 3 varroas sont présents sur le tiroir, je réalise un traitement à base d’acide oxalique. Deux situations peuvent se présenter: soit la grappe hivernante d’abeilles est bien serrée car la température extérieure est relativement basse. Dans ce cas, je réalise le traitement sous forme liquide, en sirop tiède complémenté d’acide oxalique. Le liquide se répand sur les abeilles et pénètre au sein de la grappe. Le sirop étant tiède, et la trophallaxie aidant, l’efficacité est bonne. Soit, la grappe est disloquée suite à une température clémente. Dans ce cas de figure, ouvrir la ruche va engendrer une perte d’abeilles due au vol de ces dernières sans parler des abeilles écrasées lors du replacement du couvre-cadre. En effet, quand il fait relativement bon, les abeilles ont tendance à voler partout, ce qui ne fait pas nos affaires dans ce cas. Afin d’éviter l’ouverture des peuples, je réalise le traitement par sublimation de 1 gramme d’acide oxalique avec un appareil ad-hoc. Les vapeurs d’acide oxalique sont alors complètement réparties entre toutes les abeilles de la ruche et chacune « profite » du traitement. Si des varroas sont présents, ils sont touchés par les vapeurs et tombent sur le tiroir de fond de ruche. Le but recherché est alors atteint et la colonie redémarre au printemps avec une charge minimale d’acariens, ce qui est très important si on veut maintenir l’église au milieu du village. Evidemment, tout cela nous contraint à du travail supplémentaire mais c’est le prix à payer si on veut garder son cheptel. Ceux qui ne luttent pas efficacement contre le varroa finissent toujours par perdre leurs ruchées, c’est inéluctable, il faut le savoir et s’en convaincre: le varroa est et reste la cause principale de la perte des ruches.

Côté atelier, les cadres nécessaires à la conduite des ruches seront préparés. Pour rappel, remplacer deux cadres du corps de ruche chaque année est un minimum. Ce remplacement contribue à la prophylaxie de la ruche et évite de contracter des maladies telles que la loque américaine. En ce qui concerne les hausses à miel, il n’y a pas de limite mais il faut savoir que faire construire des cadres limite fortement l’entrée en essaimage des colonies, plaie de l’apiculture moderne.

Les fils des cadres seront retendus si nécessaire, mais pas trop, afin de ne pas déformer les lattes. Les feuilles de cire gaufrée seront placées dans les cadres et fixées aux fils inox à l’aide d’un transformateur qui fera chauffer ses derniers. C’est le moyen le plus rapide pour réaliser ce travail. Quel bonheur de voir les cadres de cire gaufrée se bâtir au fil des miellées et se remplir de nectar…..un vrai plaisir.

Pour l’enfumoir, on aura, en automne dernier, récolté et mis sécher les plantes de taille du jardin comme la lavande, le thym, la sauge, la tanaisie, les fougères, etc…. Le tout bien sec sera découpé en petits morceaux de 3 à 4 cm de longueur et fournira le meilleur combustible qu’il soit pour l’enfumoir. Ecologique, efficace et gratuit. Ce mélange fournira une fumée blanche et froide idéale pour la visite des colonies. Pour rappel, la visite des hausses à miel doit se faire en utilisant le moins possible de fumée, voire pas de fumée du tout! En effet, le miel, à l’instar du beurre, capte toutes les odeurs, les bonnes comme les mauvaises.

Le reste du matériel sera également remis en état afin que tout soit fin prêt pour la grande visite de printemps. Ce n’est pas quand on décide de réaliser un travail que l’on se tracasse du matériel nécessaire; un travail bien apprêté est à moitié terminé, ne l’oublions jamais!

Début du printemps, la reprise de la ponte des reines redémarre, et avec elle, le besoin en eau aussi. Prévoyons donc un abreuvoir pour nos abeilles pouvoir se sustenter. Il en existe de nombreux modèles dans le commerce mais personnellement, j’utilise un sous-pot en terre cuite ou en PVC que je remplis de cailloux puis d’eau. Les abeilles peuvent s’y abreuver sans risquer de se noyer. Pour les y attirer, mettez quelques gouttes d’ammoniaque dans l’eau, les abeilles en sont friandes. Par la suite, de l’eau pure suffira car les butineuses auront enregistré l’endroit des points d’eau mis à leur disposition.

En un mot comme en cent tout sera fait pour que la visite de printemps se passe au mieux et surtout rapidement car comme on le sait, la présence de couvain nécessite l’entretien de 36 degrés Celsius par les abeilles; la visite devra donc être réalisée en se hâtant lentement, c’est-à-dire à viser les objectifs à atteindre le plus rapidement possible, comme les réserves de nourriture présentes, le contrôle rapide de la ponte de la reine, etc….

D’ici là, je vous souhaite un bon démarrage printanier de vos colonies et bien du succès pour cette année apicole.

Michel Smet

A relire: « Au rucher » janvier-février en 2018.

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